SHIRLEY VALENTINE au Centaur dans le Vieux-Montréal
Une pièce de théâtre géniale qui s'est mérité prix et adaptation au cinéma
Montréal, le 29 janvier 2009
Le théâtre anglophone de Montréal présente ces jours-ci une pièce extraordinaire mettant en scène une femme, épouse d'un travailleur vivant à Liverpool en Angleterre et mère d'enfants déjà grands. Un jour, son amie - qui est devenue féministe depuis qu'elle a trouvé son mari au lit avec le laitier - l'invite à partir en vacances avec elle en Grèce, ce qui a pour premier effet de déranger un peu la routine mais qui finit par rendre à cette femme le goût de vivre au lieu de s'engoufrer dans des ornières creusées de jour en jour et dont les murs semblent de plus en plus difficiles à enjamber.
Puisque la perfection n'est pas de ce monde...
La pièce est tellement porteuse que Shirley Valentine a fait l'objet d'un film absolument génial dont l'actrice principale a été retenue parmi les nominations Academy Awards pour son rôle d'actrice principale. Bien sûr, on y trouve les clichés typiques des Britanniques qui se rendent à Corfou en vacances et qui critiquent tout ; mais le quotidien de cette femme et sa manière de parler au mur chez elle et ensuite à une roche par habitude de ne jamais être en mesure d'entamer une conversation dans laquelle celui à qui elle s'adresse daigne lui répondre, son questionnement sur les réactions possibles de son mari qui cesse de respirer sitôt qu'il ne la voit pas 5 minutes, ses commentaires sur le fait qu'il passe son temps à lui dire qu'il l'aime mais en même temps il la traite n'importe comment alors qu'il est super gentil avec les gens qui habitent au bout de la rue et auxquels il n'avoue aucuns sentiments particuliers, et puis son désir et sa crainte de tourner le dos à la routine qui devient de plus en plus lourde à porter ne sont que quelques-uns des thèmes proposés dans cette pièce absolument géniale de Willy Russell qui, en deux actes théâtraux, réussit à transformer cette femme en une personne bien dans sa peau ayant la tête assez dure pour arriver à convaincre son mari de venir la rejoindre dans ce lieu idyllique pour que lui aussi retrouve sa flamme et sa joie de vivre, pour qu'ils voient dans la vie autre chose que l'argent et la grisaille de son esclavage, pour que peut-être elle lui dise que ses rides sont les marques de sa vie tout comme son nouvel ami grec lui a fait comprendre à elle que ses vergetures ne sont pas laides du tout.
La pièce est en anglais, un anglais tel que parlé par le peuple travailleur équivalent aux gens qui habitaient le Plateau Mont-Royal ou Hochelaga-Maisonneuve. Ce n'est pas l'anglais de la noblesse mais ce n'est pas non plus du dialecte cockney. Les décors sont superbes, avec une cuisine fonctionnelle accompagnant l'ennui dans le premier acte et un paysage de vacances doublées de bonheur dans le second.
“Oh, by the way, babe – I’m just poppin’ off to Greece for a fortnight. Yeh. I just thought I’d mention it so’s y’ can put it in y’ diary. You won’t mind doin’ y’ own washin’ and cookin’ for a couple of weeks, will y’?“
À Montréal, c'est Nicola Cavendish qui tient magnifiquement ce rôle, seule sur scène pendant deux heures et dix minutes. Diplômée en théâtre de l'UBC (Université de Colombie britannique), elle est née en Angleterre, dans une de ces villes qui ne se prononce pas du tout comme elle s'écrit. Elle s'est également mérité des prix d'interprétation.
Le Théâtre Centaur, avec ses hauts murs de brique, se trouve dans le même quadrilatère que la basilique Notre-Dame.
centaurtheatre.com/shirley_valentine.html
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