LUDWIG de Luchino Visconti
Avec Helmut Berger et Romy Schneider
Version originale italienne, allemande et française, avec s.-t. anglais
Copie 35mm – version non abrégée 1972, 245 minutes
Au Cinéma du Parc, Montréal


Montréal, le 14 janvier 2008


Un voyage linguistique et théâtral dans un autre âge
En visionnant ce film datant de 1972, il faut se laisser impréger par l'ambiance et la vie de châteaux des familles monarchiques toutes apparentées entre elles malgré les guerres, les alliances, les interdits religieux de l'inceste qui augmentait le risque d'engendrer une descendance pas très saine d'esprit. Le film est présenté en version italienne avec quelques phrases ou expressions en français et en allemand, les voix ayant été doublées dans un italien articulé très clairement et ressemblant tellement au français qu'il s'en trouve plus facile à comprendre que les sous-titres anglais de l'époque aristocratique où la langue véhiculaire de la classe régnante éduquée était le français. On y trouve des trésors de traduction véritable comme lunatics are crafty, crafty est traduit du mot italien ressemblant au mot français fourbe ; aussi, les mentalités sont flagrantes lorsqu'on y est reçu par le roi : en langues italienne et française on avise les visiteurs par une phrase ressemblant à Le roi vous attend dit d'un air cherchant à ne pas brusquer alors qu'en anglais, les sous-titres lancent plutôt un froid Le roi va vous recevoir. Par ailleurs, les noms allemands ont aussi quelque chose de tragique, surtout quand il dit au revoir à son fidèle Sauer, le mot allemand sauer signifiant amer en français. Amer, cet homme l'était sûrement en ce moment précis.

On retrouve un Helmut Berger (qui ressemble étonamment à johnny Depp - ou plutôt l'inverse... ) mauvais garçon grand maître de l'intrigue sans foi ni loi, prêt à tout pour qu'on le remarque et qu'on se souvienne de lui que l'on connaît mieux deViolence et Passion, ce film tourné plus tard mais mieux connu étant donné sa durée plus habituelle, où il était le gigolo bi de l'épouse désabusée d'un riche industriel fasciste dont il corromp et la fille et le fils ; avec la femme qui l'entretient, Silvana Mangano, étant ici maîtresse puis épouse du compositeur Wagner pour qui Louis de Bavière fait construire le théâtre de Bayreuth.

Ludwig, Louis II de Bavière
Il aurait fait n'importe quoi pour être intriguant. Et il y a un doute certain sur même sa dite homosexualité. De fait, il regardait les hommes avec le même dégoût que les femmes avec indifférence, sauf sa cousine Elisabeth, née petite princesse de Bavière qui est déjà mariée depuis belle lurette et désabusée de la famille impériale d'Autriche personnifiée par la magnifique Sissi, Romy Schneider, alors qu'il n'a que 19 ans. Pas de chance, elle lui conseille de marier sa soeur Sophie. Visconti traite l'histoire contrairement aux dires anciens dans sa mise en scène selon laquelle ce ne seraient pas nécessairement les serviteurs qui l'amenèrent apparemment à l'homosexualité puisque lui-même invite dans un de ses châteaux (il en a fait construire quatre dont celui duquel s'est inspiré Walt Disney pour son parc d'attraction dédié aux enfants) un maître d'écurie qui n'a pas tellement le choix que de se laisser séduire par LE ROI ainsi qu'un comédien qu'il recrute à coup de bijoux, promesses de gloire et mise en scène plus que romantique ; à qui il fait déclamer sans arrêt des textes longs et difficiles et avec qui l'amitié ne fera pas long feu. Peut-être est-il simplement malheureux de n'avoir pas eu la femme qu'il aimait, peut-être est-il un résultat banal de l'inceste, paranoïaque névrosé obsessif-compulsif par trop gâté qui s'ennuie de lui-même ? À la limite, serait-ce lui que chante Jacques Brel dans Ne me quitte pas ?

Belles conversations et beaux échanges en perspective
Pour toute personne ou tout groupe d'amis qui aime les discussions, les décors fabuleux, les paysages romantiques, les châteaux féériques (Romy Schneider y visite même l'excessive immitation de la Galerie des glaces du palais de Versailles que Louis II de Bavière a fait élaborer au château de Herrenchiemsee), le romanesque, la grande vie de monarques, la psychologie, l'histoire de l'Allemagne, de la Bavière, de la Prusse et de l'Autriche, le grand cinéma en format 35mm avec ses gros plans et ses sous-titres imprimés en très grosses lettres (même dans une langue glaçante qui contraste avec toute l'émotion du film), c'est définitivement une très belle excursion. Fait remarquable : tout a été tourné sur les lieux mêmes où se sont véritablement produits les événements historiques.

LUDWIG sera présenté à Montréal, au Cinéma du Parc, deux fois seulement, le samedi 19 janvier à 19 h et le dimanche 20 janvier à 13 h.


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