Anita Aloiso, réalisatrice du documentaire
Les enfants de la loi 101

Documentaire à voir à la télé : Les enfants de la loi 101
Réalisé par Anita Aloiso


Montréal, le 26 août 2007


30 ans après la loi 101, ces enfants d’immigrants regrettent-ils d’avoir été à l’école francophone?
Après 4 ans de travail, Anita Aloiso accouche d’un documentaire surprenant et ô combien nécessaire pour notre mémoire collective et celle des générations à venir. Elle-même fille d’immigrants italiens, elle est une « enfants de la loi 101 ». Contre le gré de ses parents, elle a fait partie de la première cohorte d’enfants forcés d’aller à l’école française.

Un peu d'histoire
Au Québec, les lois linguistiques ont provoqué des crises politiques successives jusqu’en 1976, année charnière où le Parti Québécois adopte la loi 101. Une loi controversée qui, encore à ce jour, fait l’objet de contestation. Mais trente ans après son adoption, a-t-elle eu l’impact négatif que prédisaient ses pourfendeurs? A-t-elle réellement francisé le Québec comme le souhaitaient ses défenseurs? De par les témoignages de 4 jeunes adultes issus de différentes communautés culturelles et qui, écoliers en 1977, ont pris le chemin de l’école française alors que se livraient d’orageuses batailles linguistiques, ce documentaire explore la transformation qui s’est opérée au sein de notre société.


Questionnements
On sait que les descendants anglais de Normand le Conquérant et de sa bande, eux-mêmes originaires d'un pays jadis envahi par les barbares Vickings, ont imposé la langue française pendant 300 ans à Londres pour tout ce qui avait trait à l'administration publique, la justice et le parlement britannique (d'où, dit-on, le fort pourcentage de mots et d'expressions d'origine française dans la langue anglaise qui n'était qu'orale avant leur arrivée). On sait aussi que chez les Anglais, quand on parle de lui on le surnomme Norman the Bastard. À partir de là, comment faire pour que cette haine transmise de génération en génération passe enfin à l'histoire ? Et comment faire pour ne pas qu'elle s'éternise en cette colonie britannique qui a elle aussi aussi eu ses épisodes difficiles et où les injustices ont été flagrantes envers les francophones depuis des lustres. Comment faire pour que l'effort de communication unidirectionnel des uns soit apprécié par les autres et pour ne plus que les Anglais se moquent, de face comme de dos, de la majorité qui, elle, connaît plus que seulement des mots de 2-3 lettres ou quelques expressions de nuit dans cette langue étrangère qu'est pour eux, l'anglais. Comment faire pour être servi en français dans les grands magasins du centre-ville de Montréal et ne plus se faire systématiquement dénigrer du regard ? Comment faire pour que les immigrants choisissent de dire merci au lieu de thank you quand on leur retient la porte en sortant du métro ? Comment faire pour que R-E-S-P-E-C-T s'applique aussi au peuple que l'on a appelé les White Niggers of America ???

De nos jours, on prend l'anglais pour une panacée alors que son usage ressemble de plus en plus à un expédient nommé globish et qui n'a rien à voir avec une véritable langue universelle comme l'aurait été, par exemple, l'esperanto. Par ailleurs, ce ne sont pas nécessairement tous les peuples de toutes origines qui s'accommodent bien de la mentalité imposante anglo-saxone.


Ma petite expérience à moi

Ayant personnellement vécu, outre à Montréal, dans une ville unilingue anglophone et dans une autre que l'on pourrait qualifier de barlingue ainsi que dans un pays étranger dont la langue locale n'était ni le français ni l'anglais, je peux affirmer sans le moindre doute possible que mon séjour en chacune de ces contrées et particulièrement en Allemagne a été au moins mille fois plus agréable et enrichissant que celui de mes nombreux collègues unilingues anglophones qui refusaient d'office à faire le moindre effort pour découvrir le pays qui les accueillait. Sur les lieux du travail, nous n'étions que trois francophones dont deux en provenance du Québec qui parlaient allemand, le troisième venait d'Ontario et regrettait déjà amèrement de parler le français. À l'arrivée du troisième, qui avait comme moi une base solide en langue allemande, j'ai un jour surpris les deux autres qui conversaient en anglais dans le corridor. Je leur ai adressé en riant la parole en français et ils m'ont alors tous deux dévisagée de honte. Parmi mes nombreux collègues anglophones se trouvaient des gens dont la plus grande jouissance quotidienne se traduisait par la critique perpétuelle et la peur du changement. Mais que faisaient-ils là ? C'est ce que je me suis demandée chaque fois qu'ils m'ont invitée à passer ma pause-café en leur désagréable compagnie. Quoi qu'il en soit, j'ai, moi, passé de très belles années en Allemagne (bien sûr, je n'étais pas là pendant la période nazie - ces derniers ayant émigré après la guerre) ; c'est peut-être grâce au fait que j'ai été élevée dans une grande ouverture sur le monde et par conséquent, en tant qu'adulte, je ne me sentais pas obligatoirement et solidairement limitée à un groupuscule à l'esprit fermé qui ne trouvait jamais rien de bon à quoi que ce soit, sauf si ça venait d'eux et si ça leur rapportait de l'argent.


Tout ça pour dire que...
Une Italo-québécoise, du nom d'Anita Aloiso, a travaillé pendant quatre ans sur un excellent documentaire intitulé Les enfants de la loi 101. Anita Aloiso fait partie de cette génération d'enfants à qui le gouvernement québécois a imposé l'école française. Le Québec d'alors s'étant enfin éloigné de la religion catholique et Montréal ayant retiré le mot catholique du nom et de la mentalité de sa commission scolaire francophone, les immigrants pouvaient maintenant s'intégrer à la majorité et n'était plus systématiquement dirigés vers les rangs serrés de la minorité colonialiste dominante qui usait et use toujours 30 ans plus tard de tous les moyens à sa disposition pour en contester la validité légale.


Un document d'archives

Anita Aloiso a compilé un excellent documentaire, laissant libre cours à sa liberté d'expression et à celle des autres parmi lesquels ses parents qui en rageaient alors et en ragent encore et toujours aujourd'hui et un gars que les parents et tous leurs complices cachaient illégalement dans des classes anglophones pendant ses premières années d'école. Bien sûr, on y entend d'énormes concepts généralisés comme tous les immigrants sont trilingues mais on y entend aussi des gens venus d'ailleurs qui sont contents d'être allés à l'école française au Québec.


Ce que le documentaire n'est pas
Le film n'est pas anglo-agressif : c'est une véritable vacance comparativement à votre voisin anglo, celui qui a un ou deux gros chiens pas plus élevés que lui, triple alpha à la fuck-you-attitude qui insulte, menace, bûche dans les murs et portes, rentre et sort de chez lui avec tout le boucan qu'il peut 24 heures par jour et 7 jours par semaine, affiche un portrait de la reine à sa fenêtre, vous rentre dedans au supermarché portant un t-shirt taché ou un sweat-shirt sur lequel on retrouve invariablement le drapeau canadien et vous lance à la figure des welcome to canada qu'il croit convaincants, votre voisin anglo comme on en retrouve dans toutes les villes francophones du monde sauf Paris qui ne veut pas apprendre le français local parce que ce n'est pas du Parisian French.


À ne pas manquer

Le documentaire constitue un témoignage accompli et faisant état d'une page de la réalité historique québécoise. On pourra voir ce documentaire remarquable le 2 septembre 2007 à 21 h et le 6 septembre à 13 h, à la télé, sur CANAL D.





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