La langue de chez nous
le 14 novembre 2002
Au Québec, les hivers sont extrêmement froids. Ils sont aussi très
humides, ce qui multiplie la sensation de froid. Les vents s'en mêlent
aussi, ce qui, à la fin, porte les gens à marmonner plutôt
qu'à prononcer clairement. Pour ne pas se gercer les lèvres, les
sons "è" se sont donc transformés en "a arrondis" et la fin des
mots se fait parfois tronquer. Et comme partout dans le monde, un vocabulaire
local s'est développé. Pourquoi pas, puisque cela reflète
la personnalité des gens d'ici qui sont en majorité des descendants
de colons français avec peut-être, à mesure des anciennes générations,
un peu de sang amérindien ou anglais.
Toutefois, il y a bien en ce Québec qui baigne dans une Amérique
du Nord anglo-saxonne, quelques défauts de langage que nous pourrions
corriger. Et l'animateur du Gala de l'ADISQ 2002, Guy A. Lepage, créateur
de la série télévisée Un gars, une fille,
nous a fait cadeau d'une chanson assez amusante. La voici (retranscrite avec
sa permission), sur une musique bien connue d'Yves Duteil :
C'est une langue belle
Méga-full écoeurante
Genre style qui a pas rapp
Sérieux qui rend full fru
Dans les cours de frança
Qu'on assaye de l'apprende
Ça va t'être super toffe
Faq j'aime mieux m'poigner l'cul
Et de la cour d'école
Jusqu'à la cour à scrap
En entendant sacrer
Les gens de mon pays
On dirait qu'dans la yeule
Nous avons une patate
Qui fait qu'on baragouine
La langue de chez nous
Petit lexique improvisé |
| Méga-full écoeurante |
Extraordinaire (en langage d'ado de 13-14 ans) |
A pas rapp |
N'a aucun rapport avec ce dont on parle, ça n'a rien à voir |
Sérieux |
Sérieusement (on ne fait pas la différence entre un adjectif et un adverbe; comme ça, tout reste invariable) |
Full fru |
Complètement frustré (expression utilisée surtout par les adolescents). |
On asssaye de l'apprende |
On essaie de l'apprendre. |
| Ça t'être super toffe |
Ça va être très difficile (toffe = de l'anglais tough). Quant au t', il s'explique comme suit: il y a quelques décennies, un certain gouvernement en est venu à la conclusion que l'apprentissage de la grammaire traumatisait les enfants. Parmi ceux qui enseignent le français aujourd'hui, certains sont issus de cette génération. En règle générale, les verbes se terminent en t à la troisième personne du singulier. |
Faq |
Ce qui fait que, par conséquent. |
Cour à scrap |
De l'anglais, scrap yard. Terrain rempli de vieilles pièces d'automobile. |
Sacrer |
Employer des jurons traditionnels québécois (les noms d'objets religieux choquaient le tout-puissant clergé). Ici, on ne s'en tient pas à putain (qui s'en prend encore à la femme) ou à fuck (c'est pour les Anglais). Non, au Québec, les blasphèmes passent par toute la lithurgie... et avec coeur. C'est dans un Tabarnak ou un Kâliss bien sonnants qu'on découvre les meilleures capacités d'élocution. |
Yeule |
Gueule |
Pour nous aider à nous sortir de nos errances grammaticales, l'Office
québécois de la langue française a mis gratuitement
à la disposition de tous ceux qui en veulent des outils colossaux tels
Le grand dictionnaire terminologique et la Banque de dépannage
linguistique. A nous d'en faire usage... Ça éliminera peut-être
graduellement des aberrations de la même famille que va t'être
telles que : à Les Coteaux (aux Coteaux), de d'autres (d'autres),
ou ça l'a (ça a, cela a, ou même ç'a). Soyons
positifs, ça l'éminera, c'est sûr !
Hyperliens
Gala de l'ADISQ
Série
télévisée Un gars, une fille sur DVD
Office québécois de la langue
française
Phonétique progressive du français
Guide Ulysse : Le québécois
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Mademoiselle, une satire bourrée
d'anglicismes parisiens
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